La résistance

« Exister c’est résister », nous dit un graffiti du mur de Qalqiliya. Vivre, travailler, étudier, faire de l’art, rester sur place, donc exister en Palestine, c’est de la résistance. Résistance au « sociocide » qui menace le peuple palestinien, qui risque de voir son histoire et sa culture disparaître au fur et à mesure que l’occupation et la colonisation avancent.

Actes de révolte palestiniens : résistance ou terrorisme ?

En droit international, l’ONU affirme qu’il existe un « droit inhérent des peuples coloniaux de lutter, par tous les moyens nécessaires dont ils peuvent disposer, contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance ». Ce droit rappelle aussi que la colonisation est un crime. L’ONU donne en effet le droit à un peuple occupé et colonisé d’utiliser toute forme de résistance, y compris armée, celle-ci étant reconnue comme légitime face à une occupation et une colonisation reconnues comme illégales et illégitimes.

Résistances à quoi et pourquoi ?

pierre tankCependant, les médias et les autorités israéliennes ont tendance à faire l’impasse sur l’origine de la résistance, donnant de facto à celle-ci une image de terrorisme. « Le Hamas a tiré deux roquettes sur Israël », c’est vrai. « Soldats israéliens blessés lors d’attaques aux couteaux à Jérusalem », c’est vrai. Mais pourquoi un peuple sans Etat est-il prêt à s’en prendre à l’une des plus grandes puissances militaires mondiales, en sachant pertinemment bien que ce ne sont ni les roquettes ni les couteaux qui lui feront gagner ce combat inégal ?

Ce qui se cache derrière ce pourquoi, ce sont les premières violences, celles qui entraînent la résistance : vol de territoires, destructions de maisons, exil, check-points quotidiens, incursions militaires, arrestations arbitraires et arrestations d’enfants, vie sous blocus à Gaza, oliviers brûlés, familles séparées par le mur de la honte, sentiment d’étouffement et de confinement, entraves à la circulation dans et hors Palestine, crimes de guerre et surtout impunité et indifférence complète.

Face aux médias et à la communauté internationale qui ne semblent s’intéresser à la Palestine que quand des gens y meurent, lancer une roquette revient aussi à faire entendre la voix du désespéré, à crier « hé, on est là, ne nous oubliez pas ». Lancer une roquette ou être prêt à mourir en tentant d’attaquer un militaire, c’est une façon de se sentir vivre, quitte à en mourir.

N’y a-t-il pas d’autres formes de résistance que la lutte armée en Palestine ?

art murSi le recours à la résistance armée est un droit, il est sûr que toute vie humaine perdue est à déplorer et que les actions armées desservent souvent l’image de la résistance palestinienne. C’est dans cette optique qu’une grande majorité de Palestiniens fait le choix quotidien de la résistance pacifique. Une résistance patiente, discrète et infatigable, très peu relayée dans les médias, qui témoigne pourtant de la ténacité avec laquelle un peuple est prêt à défendre ses droits et sa liberté.

Chaque jour et depuis plus de 60 ans, des Palestiniennes et des Palestiniens inventent de nouvelles façons de résister et de vivre sans avoir recours à la violence. Via le théâtre, le cirque, les médias, l’éducation, l’art, la poésie, la cuisine, le boycott, le militantisme, les échanges culturels, l’appel à la solidarité internationale, ils continuent de faire vivre leur culture. Ils font l’affront, chaque jour, de montrer à la puissance occupante qu’elle ne pourra jamais occuper leur esprit, à défaut d’occuper leur terre.

 

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